Quelques conseils pour l’universitaire qui veut monter sa boite

Si vous me suivez depuis déjà quelques temps, vous savez que j’ai pris une disponibilité en 2014 pour monter les ix-labs. J’ai démissionné de la fonction publique le 1er septembre 2018, et aujourd’hui je voulais vous mettre en vrac les quelques conseils qui me semblent pertinents pour qu’un universitaire qui veut monter une entreprise augmente ses chances de succès. Ces conseils, j’aurais aimé les avoir avant de me lancer 😉

Bien entendu, rien de dogmatique, il s’agit de ce que mon expérience m’a appris. C’est en vrac et il manque sans doute beaucoup de choses (j’enrichirais au fur et à mesure).

  1. Se faire aider pour le montage, pour le juridique, pour la comptabilité.
    Il y a beaucoup de choses à mettre en place d’un point de vue juridique, comptable, administratif, etc. lorsque l’on monte une entreprise. On peut bien sûr tout faire soi-même, mais c’est assez largement une erreur, car pour tout faire bien il faut passer beaucoup de temps, et le temps c’est aussi ce qu’il faut pour démarrer l’activité.
    Personnellement j’avais fait les premiers statuts de la boite tout seul, et maintenant nous sommes assistés par un cabinet d’avocat et un expert comptable. Mais si c’était à refaire, pour le tout début où je n’avais pas beaucoup de sous je prendrais un service d’aide en ligne (captain contrat par exemple fait du très bon travail).
    De la même manière, on peut se dire qu’un expert comptable est obligatoire pour finaliser le bilan annuel, mais que le reste du temps autant s’en passer, et bien non, c’est un professionnel indispensable pour mettre en place un certains nombres d’astuces de gestion (notamment pour les avantages aux salariés, pour lesquels un bon expert comptable vous apprendra comment leur en donner plein, à pas cher).
  2. On ne peut pas savoir tout faire bien, mais…
    Souvent quand on est universitaire on a tendance à croire que les tâches administratives c’est simple, et donc qu’on pourra tout faire facilement. C’est faux.
    Ne cherchez pas à être au top sur tous les sujets, développez un niveau de « briscardise » suffisant pour toujours faire le best effort, mais pas nécessairement plus. Quand c’est trop complexe, direction le point 1.
  3. Le salarié passe d’abord.
    Une boite qui marche c’est une boite où les salariés produisent. Si vous chouchoutez vos salariés alors ils seront plus productifs, plus impliqués, et cela se traduira dans la satisfaction clientèle.
    Ce n’est pas que le salaire qui crée la motivation et la productivité : une fois un niveau de salaire raisonnable atteint, les moyens offerts pour mieux travailler, l’écoute des suggestions, les facilités diverses pour libérer du temps, la souplesse horaire, etc. tout cela va contribuer à la motivation.
    Dans le milieu universitaire, on a tendance à avoir des relations pro-amicales assez facilement. Dans le privé cela peut être le cas, mais cela n’est pas la norme : vos salariés ne sont pas vos amis, il y a une relation de subordination, et elle a un sens, si ce n’est pas le cas pour vous c’est sans doute le cas pour eux. Alors soyez prudent avec toutes les fausses non-obligations type sorties d’entreprise le week-end, cadeaux plutôt que primes, etc. Payer un cadeau à 500 euros à un salarié au SMIC plutôt que lui donner une prime, pas sûr qu’il trouve ça si fun et sympa.
  4. Le patron prend les risques pour lui seul.
    Trésorerie un peu short à la fin du mois : c’est le patron qui n’est pas payé. Nécessité de remettre de l’argent en compte courant : c’est le patron qui fait si les banques ne suivent pas, etc. etc. Si vous ne pouvez pas (que ce soit par manque de fonds ou par peur de tout perdre) risquer votre argent pour la bonne marche de l’entreprise, alors vous n’êtes peut-être pas fait pour l’aventure de l’entreprenariat.
  5. Délivrer, et délivrer real fast, est la clé.
    Vos clients payent pour avoir un produit qui répond au besoin, pas pour avoir le meilleur produit le plus tuné de la terre avec des fioritures et des services qu’ils n’avaient pas demandé.
    En tant qu’universitaire, on a (c’est de moins en moins vrai) du temps pour faire, refaire, refaire , améliorer, etc. En entreprise, on a juste du temps pour faire.
  6. Il faut apprendre à vendre.
    Il faut apprendre à vendre si on ne sait pas le faire naturellement. Vous n’y couperez pas, et ce même si vous êtes associé avec un profil commercial dès le début. Car vendre ce n’est pas que vendre un produit à un client, c’est aussi « vendre » un projet à ses salariés, « vendre » l’entreprise à la banque, etc.
    Autre écueil classique sur la vente : la vente ce n’est pas la même chose que la communication, et ce n’est pas la même chose que le marketing. Mais la vente c’est le plus important car si vous savez vendre vous serez rentable rapidement.
    On croit souvent que vendre, communiquer et faire du marketing c’est la même chose et que c’est un talent naturel ou pas. C’est faux : il existe des techniques très normées pour tout cela, et même si vous avez une facilité (c’est par exemple mon cas pour la vente, alors que je suis une calamité en communication et en marketing), apprendre les techniques est indispensable.
  7. On n’est jamais son propre client.
    Autre écueil classique : se prendre en exemple pour décider de ce que souhaite le client. Il est très rare d’être comme ses clients, et comprendre le client va être la principale difficulté que vous aurez au début. Dans des domaines liés à l’informatique c’est très clair. Imaginez que vous soyez un ancien chercheur en machine learning, croyez vous réellement que vos clients (souvent des profils ecole de commerce en entreprise depuis 5 à 10 ans) ont le même profil que vous ?
  8. On ne travaille jamais gratuitement.
    Tout à un prix, et si vous commencez à travailler gratuitement alors vous aurez bien du mal à devenir rentable (belle porte ouverte ça) et en plus la gestion des clients qui ne payent pas est la pire (ils sont les plus exigeants).
    En début d’activité, vous serez sollicité par des personnes (appelons-les des voleurs pour faire simple) qui vous demanderons de travailler gratuitement en échange de notoriété, parce que c’est bon pour vous mettre le pied à l’étrier. Fuyez les comme la peste.
  9. Ne tombez pas dans l’illusion de la boite qui marche.
    Vous avez touché de très grosses subventions, vous avez eu une levée de fonds en millions. Bravo, mais votre boite ne marche pas pour autant. Une entreprise qui a du succès c’est une entreprise qui paye ses salariés et ses frais grâce aux revenus générés auprès des clients, avec de préférence un excédent raisonnable en fin de bilan. Tous les autres cas sont des échecs, avérés ou en approche.
  10. Les administrations sont pleines de gens compétents.
    On peste souvent sur les administrations (URSSAF et fisc par exemple pour les chefs d’entreprises), mais la vérité c’est qu’il y a dans ces institutions des gens très compétents, qui ne demandent qu’à vous aider.
    Bien entendu, quand on arrive dans une administration avec une pile de problèmes à régler c’est plus difficile de nouer un contact apaisé. C’est pour cela que je vous recommande de rencontrer les personnes qui vont s’occuper de vous avant d’avoir des problèmes. Rien de surprenant là dedans, mais ça va mieux en le disant. Idem pour les relations avec votre banque : le banquier prévenu de ce qui va bien et des supers contrats et cie, sera ravi de vous aider quand vous aurez un problème de trésorerie.
  11. La loi.
    Enfin, mon dernier conseil est celui qui me semble le plus important. Je souris toujours quand je discute avec mes anciens collègues et qu’on arrive sur le terrain juridique. Les universitaires sont futés, sont appliqués, et ils lisent les textes de loi de manière très fine. Si vous passez dans le privé, vous verrez la différence entre la théorie et la pratique : ce qui compte ce n’est pas tant le texte de loi que la jurisprudence.
    N’oubliez jamais cela quand vous serez « à la lutte » avec des compétiteurs qui auront une lecture laxiste de la loi, n’oubliez pas qu’un procès coûte cher et prends du temps et donc que parfois un arrangement est plus intéressant. Vous n’êtes pas entrepreneur pour redresser les torts mais pour rendre florissante votre activité, ce qui résout un problème vite et bien est mieux que ce qui résout le problème en 6 mois pour plus cher.
    Un exemple tout bête : imaginons que vous possédiez une marque, et qu’un compétiteur dépose le nom de domaine de votre marque. Avec un procès vous récupérerez le nom de domaine, en quelques mois et avec des frais humains (votre temps, celui de l’avocat). En donnant 1000 euros à celui qui a pris le domaine vous allez résoudre le problème plus vite, et pour moins cher. Alors bien sûr le margoulin n’est pas puni, au contraire, mais qu’est ce que cela peut vous faire, les affaires d’abord !

 

Voilà, n’hésitez pas réagir dans les commentaires, dans la bonne humeur et la courtoisie bien entendu.

53 commentaires on "Quelques conseils pour l’universitaire qui veut monter sa boite"

  • Super article Mr Peyronnet !
    Cela fait du bien à lire lorsque l’on se lance dans un projet ! 🙂

  • Chev says

    Bonjour à tous,
    Voici une belle synthèse qui ne s’adresse pas qu’aux universitaires ;o)

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